Adieu à Vézelay (8)

Publié le par William Kisasondi

Épisode huit
Le marcheur du soir

Le marcheur du soir

À Vézelay, les offices religieux se tiennent soit dans la nef, le dimanche à 11h  soit dans le cloître, le samedi soir à 19h. La messe du dimanche est célébrée par les frères de Jérusalem, tandis que celle du samedi l'est par le frère Raoul. Du moins l'était, ce dernier étant parti en retraite il y a peu. La chapelle du cloître est située sur le côté droit de la basilique, légèrement en contrebas. C'est un petit espace qui offre l'avantage, en hiver, d'être chauffé. En outre, la relative exiguïté de l'endroit, le rend plus convivial, chacun étant plus proche de l'officiant. 

Bien que croyant depuis toujours, je n'ai commencé à assister aux offices que depuis quelques années. J'avais besoin dans ma vie spirituelle d'une communion d'âmes que j'avais trouvée de cette manière. Certes, j'aurais pu choisir d'y assister le dimanche, mais j'ai toujours trouvé le vaste espace de la nef peu propice à cette communion, c'est pourquoi j'avais choisi d'y assister le samedi. Certains puristes soutiennent qu'une messe n'est pas une « vraie » messe si elle n'a pas lieu le dimanche. C'est une position ancienne qui n'a plus lieu d'être de nos jours, d'autant que, à l'époque, je travaillais le dimanche.

Puis le « virus » est venu et avec lui, l'obligation du port du masque dans les édifices publics, y compris les églises. Je continuai malgré tout d'assister à la messe de 19h. Au début, le frère Raoul ne portait pas de masque et la moitié de l'assistance suivait son exemple. Ça ne sembla gêner personne plusieurs semaines durant, puis les mesures imposées par le gouvernement se durcirent et les mentalités changèrent également. Le paisible laxisme avait fait place à une rigueur toute nouvelle. Le frère portait alors le fameux masque bleu qu'il avait refusé jusque-là, sans doute certaines de ses ouailles s'étaient-elles plaint, à moins qu'il n'ait subi des pressions ou des remontrances de sa hiérarchie. De ce jour, tout le monde s'est mis à arborer son masque, tel un accessoire de mode indispensable. Il n'y avait plus aucune place pour les récalcitrants, tout le monde devait se plier au diktat ambiant… 

Je me suis plié au « jeu », une fois, puis j'ai laissé tomber. De la même manière, je ne mets plus les pieds dans la basilique pour la même raison. C'est dommage, j'aimerais bien rendre à nouveau visite à Marie-Madeleine et lui mettre un cierge… Celle-ci m'avait inspiré naguère ces quelques mots :

« Le marcheur se dirige vers une des chapelles qui entourent le chœur…
Le voici qui s'éveille à présent ! Gisant sur un sarcophage de pierre céleste, il se lève et voit des personnes tout autour qui lui sourient. L'une d'elle s'avance et lui demande : 
-Ne me reconnais-tu pas ?
Le dormeur s'étonne, se frotte les yeux et secoue la tête de droite et de gauche. 
-Je t'ai accompagné jusqu'ici, répond l'autre ! Et je continuerai pour l'éternité…
Celui qui s'éveille comprends enfin : « Je suis de l'autre côté ? Au delà... »
Une silhouette résolument humaine, une femme, s'approche :
-Je te reconnais. Tu me connais aussi, je suis la Madeleine qui fait rêver les hommes. Je suis venue t'accueillir et te souhaiter la bienvenue dans ce royaume…
A ces mots, l'homme cligne des yeux ! Plus de sarcophage, plus d'ange, plus rien que la statue de Marie Madeleine qui le regarde à travers ses larmes. »

Je vais lui mettre un cierge virtuel pour lui demander d'arrêter toute cette folie, que les méchants aillent croupir en enfer et que les hommes retrouvent enfin la liberté.

Publié dans Vézelay, messe

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