L'adieu à Vézelay (1)

Publié le par William Kisasondi

Épisode premier

On ne me voit plus guère à Vézelay depuis que je n'y vis plus. Lorsque je travaillais, j'arpentais les rues et me rendais régulièrement à la basilique pour saluer Marie-Madeleine. J'avais mes habitudes en ces lieux familiers que je m'étais appropriés. 

Puis, je suis tombé malade et ne pouvais plus guère marcher ni travailler. Je dois avouer que le boulot ne me manquait guère, la marche, par contre c'était autre chose. J'adorais ces promenades et je me trouvai bien privé, d'autant que je devais ingurgiter maintes pilules pour ne plus avoir mal. Et, à l'occasion, on m'a découvert des faiblesses dans le cœur (non que je ne puisse plus aimer, c'était les coronaires qui étaient fautives). Moi qui ne consultais avant cela aucun médecin, je me mis à les fréquenter assidûment de même que les hôpitaux. Divers examens furent ordonnés et une opération fut même envisagée… 

Pendant ce temps, un malin virus s'était répandu sur le monde, la faute à un pangolin chinois, nous dit-on alors, virus qui rendait nécessaire de bouleverser nos vies. C'était début 2020 qu'on commença à nous mettre des barrières soi-disant sanitaires, à nous imposer un masque infâme qui cachait nos visages en éteignant nos sourires et à nous cloîtrer en nos demeures. Tout cela sous de fallacieux prétextes, même si nous n'en savions rien alors. Les déclarations officielles répandaient la peur en enchainant ordres et contrordres. On nous imposa de remplir un papier qui nous donnait la permission de sortir de chez soi, à condition que ce soit motivé par une raison qu'on nous imposait : acheter le nécessaire, aller se promener au bout du village, mais interdiction de longer le canal ou d'aller en forêt. Bref, nous étions d'un seul coup dans une vaste prison à ciel ouvert, sans autres barreaux que notre peur et l'angoisse de se faire verbaliser et surprendre, tels des enfants indisciplinés, pris en faute car trop épris de liberté. Fameuse liberté qui cette année-là s'en était allée au loin… 

Mars 2020, les hôpitaux étaient surchargés, les opérations reportées, c'est ainsi que j'y échappai, repoussée une première fois, la mienne fut finalement repoussée sine die, autant dire annulée. Les cachets m'aidaient à surmonter la douleur, même si je peinais parfois à dormir la nuit. Et je ne pouvais toujours pas trop marcher. 

Cette année-là fut celle du confinement que je passai cloîtré, ne sortant que pour me ravitailler une fois chaque semaine. J'aurais certes pu sortir davantage, mais pour aller où ? Les seuls lieux autorisés obligeaient à porter un masque qui me répugnait. Peu à peu, je me suis enfermé (heureusement je vivais alors à la campagne) en moi-même aussi bien qu'en mon petit havre, sinon de paix, de semi-quiétude, de presque tranquillité et d'insouciance. Je cessai de prendre le train, moi qui aimais tant visiter les musées parisiens et restai dans mon jardin en me cachant du soleil qui sévissait alors… 

Ne travaillant plus, je n'habitais donc plus à Vézelay mais dans ma modeste maison de campagne morvandelle que j'avais eu la sagesse d'acheter en prévision de ma cessation d'activité que j'avais néanmoins pensé plus lointaine que cela. Pourtant, à quelque chose malheur est bon, mon état de santé m'aura permis d'échapper à toutes ces obligations, auxquelles trop de personnes se soumettent volontiers, avec empressement, même...

à bientôt pour la suite dans un prochain épisode...

Et en attendant, voici quelques photos prises samedi dernier par une belle après-midi d'automne :

L'adieu à Vézelay (1)
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Publié dans Vézelay

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E
Bonjour William,<br /> Abonné depuis quelque temps je n'avais plus de vos nouvelles. Vézelay est un phare pour moi, j'envisage d'y finir mes jours et nous sommes bien partis pour acheter une maison à Saint Père, espérons ! J'aime l'astronomie, si un jour nous pouvons partager, ce sera avec plaisir, bien à vous, Eric
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W
Bonjour Eric,<br /> Ah ben ça alors ! Un astronome de plus à Vézelay, c'est super.<br /> En effet Vézelay est un bel endroit pour finir ses jours. Alors si nous avons un jour l'occasion de nous rencontrer, ce sera avec plaisir. <br /> Pour l'instant, côté astronomie, c'est un peu mort pour raison de santé tout autant que de météo. <br /> Bien à vous,<br /> William