Le marcheur du soir

Publié le par William Kisasondi

Le marcheur du soirLe marcheur du soir

Petit texte écrit il y a quelques années et resté dans un tiroir depuis.

Il est peut-être temps de montrer ce que je sais faire.

Ecrire, écrire, il paraît que je fais ça bien, alors qui sait, peut-être quelqu'un s'en apercevra-t-il ?

Tous droits réservés © William Kisasondi

« Le marcheur du soir gravit les marches du parvis. Il franchit le portail en silence et  avance lentement sur les dalles du narthex. Ses pas résonnent dans la nuit puis il s'arrête face au Christ inondé de lumière. Celui-ci, étrangement assis, les bras largement écartés pour haranguer la multitude, le visage de pierre rongé par les siècles et les yeux rivés sur l'éternité a la main gauche brisée. Il est revêtu d'une robe aux drapés de spirales vertigineuses…

On le voit s'animer, descendre et marcher parmi les hommes. Il s'avance, non plus être de pierre figée mais lumière incarnée devenue vivante pour l'éternité ! Il devient le marcheur qui pénètre plus avant dans l'édifice. Celui-ci passe entre les piliers massifs, remarque à peine les voûtes qui le surplombent et franchit la porte intérieure, grande ouverte. Il choisit celle qui est sur la droite en un rite immuable. C'est le passage, l'entrée du royaume des cieux sur terre. Le marcheur s'arrête, il se recueille un moment puis il pose son fardeau. Il se dépouille de ses rares joies et de son monceau de  peines. Il abandonne sa vie d'homme !

Au-delà, l'immense nef frappe l'imagination ! Ce qui semble un vaste couloir tout en longueur mène au chœur deviné au loin. Des fenêtres haut situées projettent à la faveur de la nuit, sur les voûtes élevées, les faibles lueurs des lampadaires de la place voisine. Puis le marcheur avance vers la nef plongée dans la pénombre. Les voûtes bicolores se devinent à peine tant elles sont hautes et le regard mène invariablement en direction du chœur illuminé, étroite tache de lumière lointaine. Le marcheur avance lentement.

Ses pas résonnent sur les dalles, il marche dans le noir et soudain… devant lui s'ouvre une flaque de lumière semblable à celles que l'on observe lors du solstice d'été. Il s'arrête, inondé d'une lueur invisible aux yeux des hommes et une fervente prière lui vient aux lèvres : « Mon Père, je ne suis pas digne... ». Le sol tremble, les hauts piliers s'incurvent, la voûte s'écarte laissant paraître un ciel obscur. La nef devient vaisseau de pierre. Tout autour du marcheur en transe, l'édifice se meut lentement, l'emportant loin de la terre des hommes, le vaisseau s'arrache du roc dont il est issu le laissant nu, froid et vide. La rangée de rais illuminant les dalles guide l'homme, debout, hagard ! Celui-ci avance, de flaque en flaque, jusqu'au chœur lumineux, promesse d'éternité…

Le vaisseau file à présent au loin dans l'espace, tombeau irradiant de lumière dans l'obscurité, embarcation mythique franchissant le fleuve des morts. Puis voilà bientôt sa destination finale, une terre nouvelle plus permanente et subtile…

Le marcheur se dirige vers une des chapelles qui entourent le chœur…

Le voici qui s'éveille à présent ! Gisant sur un sarcophage de pierre céleste, il se lève et voit des personnes tout autour qui lui sourient. L'une d'elle s'avance et lui demande : 
-Ne me reconnais-tu pas ?
Le dormeur s'étonne, se frotte les yeux et secoue la tête de droite et de gauche. 
-Je t'ai accompagné jusqu'ici, répond l'autre ! Et je continuerai pour l'éternité…
Celui qui s'éveille comprends enfin : « Je suis de l'autre côté ? Au delà... »
Une silhouette résolument humaine, une femme, s'approche :
-Je te reconnais. Tu me connais aussi, je suis la Madeleine qui fait rêver les hommes. Je suis venue t'accueillir et te souhaiter la bienvenue dans ce royaume…
A ces mots, l'homme cligne des yeux ! Plus de sarcophage, plus d'ange, plus rien que la statue de Marie Madeleine qui le regarde à travers ses larmes. 

Le vaisseau reprend sa place éternelle au sommet de la colline laissant l'homme aux prises avec ses doutes et son désarroi. Les dalles sont solides et fermes sous ses pas, les piliers massifs soutiennent à nouveau la voûte aux arches bicolores et le chœur majestueux a repris sa place, au centre de l'édifice.

Le marcheur met des pièces qui tintent dans le tronc puis allume un cierge qu'il dépose au bord du présentoir pour le tenir éloigné des autres. Sous le regard de Marie Madeleine, sa prière est longue et silencieuse… Puis il retourne sur ses pas, passe devant le chœur et, lui tournant le dos il s'éloigne presque en courant. Il sort du royaume  par la petite porte et se revêt de son manteau de peines, lourd et encombrant. Une joie légère illumine cependant son visage.

Il s'arrête face au portail, silencieux. Le Christ remonte à sa place et s'assied parmi la foule. Il lisse sa robe autour de lui et en arrange les plis avec art. Il redevient statue figée pour l'éternité !  Il sourit néanmoins une dernière fois au marcheur qui lui répond. Celui-ci  se retourne. Il sort de l'édifice et disparaît dans l'obscurité !

Il reviendra demain, comme chaque soir… »

Le marcheur du soir

Publié dans conte, vézelay, Marie-Madeleine

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Commenter cet article

jeannine Blanche 14/07/2021 21:58

J'ai vraiment beaucoup aimé ton article ! tu m'as embarquée avec toi dans un ailleurs que je connais bien pour l'avoir vécu moi aussi, plusieurs fois à ma façon;;; Merci pour ce moment d'un ailleurs qui rend plus léger et heureux ! continue surtout à écrire et m'enchanter !

William Kisasondi 16/07/2021 01:12

Merci Jeannine. Ton commentaire élogieux me touche beaucoup...