La grotte de l'oubli : conte, par William Kisasondi.

Publié le par William "dromeur" Kisasondi

Une fois n'est pas coutume : je vais faire appel à vous, fidèles lecteurs!

Je vous présente ici un conte a priori destiné aux enfants, que j'ai écrit voici quelques temps temps déjà. Je vous en présente ici le début...

Ce texte est sous copyright et est destiné à une éventuelle publication. Avis aux éditeurs!

La question que  je vous pose est la suivante : cette histoire est-elle adaptée pour des enfants et si oui, de quel âge? Par ailleurs, vous plaît-elle et avez-vous envie de connaître la suite ?

Donc, à vos commentaires. Merci par avance.

Il s'agit d'un conte entièrement issu de mon propre imaginaire qui se passe à Pierre-Perthuis. Il ne s'agit pas d'une histoire qui se raconte le soir au coin du feu depuis des générations, mais bien d'une histoire originale. 

La grotte de l'oubli.

 

Il existe trois sortes de lutins, tout le monde sait ça.

Les lutins des plaines, qui vivent au milieu des herbes folles et les agitent par jeu, si fort souvent, qu’on croit que c’est le vent qui souffle…

Les lutins des rochers, qui vivent sous les pierres les plus lourdes et les soulèvent par la seule pensée ce qui fait dire aux paysans : « Tiens, voilà la terre qui tremble » ou bien « C’est le bon dieu qui s’ébroue ». Ils les fendent de leurs petits cris aigus, et les hommes s’écrient alors : « Té, couvrez-vous bien, le soleil a cogné dur aujourd’hui ! »

Et les lutins des rivières qui vivent au creux des tourbillons en compagnie des anguilles et des poissons. La plupart des tous ces lutins ne se soucient pas des hommes dont ils n’apprécient guère la compagnie. Cependant, il en est un, un original certainement, qui a élu domicile sous le petit pont de Pierre-Perthuis et guette les passants. Hélas, ces derniers s’accoudent au parapet, contemplent un instant l’onde tournoyante puis repartent sans jamais faire attention à lui…

Car toutes ces créatures, bien que magiques, sont invisibles aux yeux des hommes. Ils peuvent se faire aussi petits qu’Alice quand elle se faufile dans le minuscule terrier du lapin blanc ou encore plus gigantesque que le plus grand des géants qu’on ait connus, mais ils ne peuvent se montrer qu’aux petits enfants ayant le cœur pur.

Celui-ci, Albert, avait perdu sa magie : il ne pouvait plus modifier son apparence ! Présentement, il avait une soixantaine de centimètres de haut, un très long nez pointu et des souliers vernis, car il était vêtu avec élégance. Il avait des chausses montant jusqu’à mi-cuisses, un pourpoint vert d’eau, un jabot de dentelles et un chapeau qui lui tombait sur les oreilles. Il était bouffon à la cour des rois d’antan !

Il s’asseyait souvent au bord de l’eau, y jetant des cailloux pour faire des ricochets... Vint un jour un petit garçon marchant tristement sur le chemin qui traversait le pont.

Albert l’appela : « Que t’arrive-t-il, mon petit, pour que tu sois si triste ? »

Celui-ci entendit la voix, mais il ne voyait rien à travers ses larmes :

- Qui parle ici ?

- Allons, c’est moi, ne me vois-tu pas ?

- Mais qui êtes-vous donc ? Vous cachez-vous ? Avez-vous peur de moi ?

- Peur ? Qui aurait peur d’un petit garçon qui pleurniche ?

- Si je pleure, c’est que je suis triste. Mais je suis costaud quand même et je sais boxer. Vous voulez voir ?

- Oh non, non, non, je te crois sans peine ! Pitié, ne me bats pas ! Je ne suis pas méchant, je suis triste aussi à force de solitude… Allons, mouche-toi et raconte-moi ton histoire !

Le garçonnet, charmé par la voix mystérieuse, s’assit tout près du pont. Il pleura longuement puis se mit à parler. Albert, s’assit à ses côtés et écouta avec attention.

- J’habite le village d’en haut et un grand malheur est arrivé. Je crois que le Diable est parmi nous…

- Le Diable !

- Oui, le Diable ! On dit que Dieu nous a abandonné et que le Diable s’est emparé de nos âmes. Et, comble de malheur, il a pris la cloche de notre église et l’a précipité dans un trou sans fond, non loin d’ici. Cette église et sa cloche faisait notre fierté et notre bonheur. Les récoltes étaient abondantes, les prés verts, les vaches grasses et chacun était en excellente santé. Et depuis que la cloche a disparu, le malheur s’est abattu sur nous, les vaches n’ont plus de lait, les prés se dessèchent, les récoltes meurent sur pied et beaucoup de gens sont malades… Si ce qu’on dit chez moi est vrai, alors nous sommes perdus !

Le petit garçon s’enflamma soudain, reprenant espoir :

- Et si c’était autre chose ? Le retour de la cloche nous rendrait prospérité et santé ! Ne peux-tu rien faire ?

- Tu voudrais que je retrouve ta cloche et que je la rende aux tiens ?

- Je sais bien que vous n’êtes qu’une petite voix dans ma tête, mais si vous êtes davantage que cela, aidez-moi, je vous en supplie !

- Tu ne me vois toujours pas, hein ? Tu ne devines pas qui je suis ?

- Je rêve tout haut et mon songe me demande qui il est. Ah, ils riraient bien là-haut, au village, s’ils m’entendaient parler dans le vide !

- Je t’écoute, pourtant, et même je te réponds. Cela ne te suffit-il pas ?

- Alors, vous allez me dire que vous allez rapporter la cloche dans mon église ?

- Je vais essayer mais je ne te promets rien…

- Que pouvais-je donc attendre d’autre d’une voix surgie du néant ? Allons, suis-je bête ! Je dois retourner pleurer avec les miens, ça vaudra mieux…

Et le petit garçon s’en retourna, toujours pleurant, vers son village, l’âme en proie au désarroi le plus profond, sans se douter que le lutin s’affairait déjà…

Albert se doutait bien qu’aucune cloche n’avait été jetée depuis là-haut dans le trou sans fond situé tout près du petit pont qu’il ne quittait jamais. Il l’aurait vue tomber ou aurait entendu le vacarme qu’elle aurait fait en plongeant dans l’eau. Ça l’aurait à coup sûr éveillé si d’aventure il était resté à dormir, quoiqu’il ne sommeillait jamais longtemps ! Mais, pour être bien sûr, il interrogea les poissons qui l’ignorèrent superbement. Les anguilles d’ordinaire plutôt amicales ne lui apprirent rien. Grâce à la magie, il descendit même dans le trou quoiqu’il n’aimât ni l’eau ni le froid. Il y voyait parfaitement dans l’obscurité, mais nulle cloche ne gisait là, tout au fond. Lorsqu’il fut tout à fait certain qu’il n’y avait rien d’autre dans cet abîme que de l’eau noire et tourbillonnante, il remonta à la surface en un instant et se sécha, perplexe.

Les oiseaux ne voulaient pas lui parler, ils voletaient au-dessus de lui pour se moquer, l’un d’eux se posa même sur son chapeau. Las, Albert s’apprêtait à abandonner lorsqu’un modeste papillon avec une aile à moitié arrachée se posa sur son nez. Il essaya de le chasser mais le papillon insistait et revenait sans cesse.

Une toute petite voix à peine audible l'appela soudain :

- Albert ? Albert…

- Qui me parle ?

- C’est moi, le joli papillon perché sur ton nez, cesse de me chasser et écoute-moi !

- Papillon, certes, mais joli, je n’en dirais pas autant…

- C’est que tu regardes uniquement ma frêle apparence. Je suis juste un papillon, mais je sais bien des choses…

- Quelles choses ?

- Une cloche, tu cherches bien une cloche ?

- En effet ! Mais comment le sais-tu ?

- J’étais là quand ce petit garçon et toi parliez, tout à l’heure ! Personne ne me remarque jamais, mais je vois tout.

- Bon, je t’écoute !

- Tout là-haut, on entend ces temps-ci le tintement d’une cloche…

- Ah, la belle histoire ! C’est la cloche de l’église, là-haut, que le curé fait résonner à pleine volée…

- Non, je te parle d’autre chose. La cloche n’est plus à sa place, je le sais bien. D’ailleurs, tout le monde ici est au courant, tu étais le seul à l’ignorer. Si au moins tu daignais parler à tes frères, aux animaux de la forêt, à toutes ces « petites personnes » que tu oublies, au lieu de guetter ces humains qui t’ignorent. Ce garçonnet ne fait que t’entendre mais il ne te voit pas ! Et s’il te voyait, il ne te ferait guère confiance pour résoudre son problème…

- Comment ça, guère confiance ? J’ai été bouffon à la cour des rois, moi monsieur !

- Bouffon, oui, c’est bien cela…

Le papillon qui voletait à présent devant Albert, émit un petit rire aigrelet, gentiment moqueur :

- Hihi, un bouffon ! Mais laissons cela et écoute-moi ! Ce tintement, cette plainte, plutôt, car c’est cela, une prière, une supplique… on l’entend au-dessus du plateau, là où les villageois n’osent s’aventurer, dans le royaume de tes frères les lutins des rochers.

À ces mots, Albert blêmit, car il n’était guère ami avec ces gens-là ! Si c’était bien eux qui avaient volé la cloche, ça allait être difficile de la récupérer…

- L’as-tu vu, cette cloche ?

- Non… non, à vrai dire, c’est un compère qui m’en a parlé. Il tient l’histoire d’un autre papillon qui la tient lui-même…

- D'un moucheron, peut-être ?.. Es-tu sûr de ton histoire ?

- Oui, j’ai toute confiance en celui qui me l’a raconté.

- Alors, ce bruit où l’a-t-on entendu, exactement ?

- À l’écart du village, un peu plus loin en aval de la rivière, tout en haut de la falaise, où se trouve une immense arche de pierre. C'est la porte de leur royaume…

- La Roche Percée, oui je connais. Mais je ne vais jamais là-bas, tu sais ! Nous ne sommes pas très copains.  S’ils me voient, ils me chasseront à coup de pierres !

- Transforme-toi pour qu'ils ne te reconnaissent pas !

- Mais je ne peux plus ! Crois-tu que ça me plaise d’avoir cette apparence ridicule et misérable ?

- Qu’à cela ne tienne, je peux te rendre la magie qui te permettra de te changer à nouveau ! Le désires-tu ?

- Un papillon saurait-il faire cela ?

- Je te l’ai dit, ne te fie pas à mon apparence. Fais-moi confiance !

- Bon, qu’ai-je à perdre ? D’accord. Dois-je, fermer les yeux, battre des bras ou faire trois petits tours sur moi-même ?

- Ne te moque pas !

Aussitôt, le papillon fragile s’éloigna en éclatant d’un rire tout féminin. Lorsqu’il se pencha sur l’onde, Albert ne reconnut pas son reflet : plus de nez pointu ni de pourpoint étrange mais un grand gaillard solide et trapu qui le regardait étonné. Il essaya d’autres apparences, une jeune fille au teint blanchâtre munie d’une ombrelle, un « petit » géant qui regarda le pont de toute sa hauteur, un papillon multicolore aux larges ailes déployées…

Pour finir, il se transforma  à l’image du petit garçon avec lequel il avait conversé tout à l’heure. Il pourrait ainsi s’approcher du pays des lutins des roches sans qu’ils puissent le reconnaître. Ils seraient peut-être même heureux d’accueillir un petit humain.

à suivre...

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