Vidéo protection à Vézelay

Publié le par William "dromeur" Kisasondi

Le 17 mai 2018, à 18h30, eut lieu à la salle des fêtes une réunion d’information concernant la vidéo protection à Vézelay. Le sujet, qui avait déjà été évoqué en début d’année, semblait avoir été abandonné, mais comme on le verra, il n’en est rien. Étrangement, selon moi, car avons-nous véritablement besoin de caméras à Vézelay ? 


La réunion s’est déroulée en présence de monsieur le maire, ainsi que du sous-préfet d'Avallon qui présentèrent leur « projet ». Ce mot devait revenir régulièrement dans leur discours.


La salle des fêtes était pleine, ce qui témoigne de l'intérêt manifesté par les habitants, non seulement du village mais des alentours. La réunion avait été signalée à la fois par la mairie qui avait distribué des flyers dans les boîtes aux lettres et par le collectif citoyen vézelien, par voie d'affichage. Une large publicité avait également été faite sur les réseaux sociaux.


Le maire prend d’abord la parole pour souligner que les événements récents (parle-t-il des derniers attentats parisiens ?) réclament certainement une plus grande sécurisation de la ville. Le sous-préfet ajoute qu’il ne s'agit pas d’imposer quoi que ce soit aux habitants et que c'est la commune qui décidera souverainement. Cette réunion est là pour informer la population. 


Le maire précise ensuite que Vézelay connaît de nombreux changements, l'électrification, la réfection provisoire (en attendant des travaux plus complets) du parking de la maison médicale, la hausse du marché de l'immobilier (22 ventes en 2017), ainsi que l’apparition, fortuite mais bienvenue, d'une publicité sur l'autoroute. Il aurait pu également ajouter l’apparition des bornes l'an dernier. 


Tous ces changements réclament de nouvelles responsabilités, tant pour l’accueil des touristes, dont il convient d’augmenter la fréquentation, que des nouveaux habitants. D’après le sous-préfet, les visiteurs se sentiraient plus rassurés par la présence d’un dispositif de vidéo protection. Ce dernier ajoute néanmoins qu’il ne s’agit que d’un élément participant à la sécurisation du lieu et qu’il n’est qu’un outil supplémentaire à la disposition des forces de l’ordre.
Débute ensuite une vidéo projection explicative, commentée essentiellement par le sous-préfet. 

L'appellation vidéo surveillance est utilisé pour les espaces « privés », tels les commerces, par exemple, alors qu'il convient de parler de vidéo protection lorsqu'il s'agit de la voie publique, les monuments, les rues… Il n'y aura pas de visionnage direct, pas de couverture intégrale de la commune, pas de conservation des images mais un enregistrement sur disques durs limité dans le temps et qui ne peut excéder un mois. Ainsi que le rappelle un intervenant et malgré le terme de « protection », un tel système ne protège pas la population, il est uniquement destiné à faciliter a posteriori la résolution d’éventuels délits. C’est pour cette raison, sans doute, que ce genre de système recueille, d’une manière générale, un fort soutien dans la population. Il existe plusieurs types de recours, les personnes filmées ayant la possibilité de demander à visionner les images aussi bien que de vérifier la bonne marche du système, en particulier concernant l'effacement des images. 


La mise en œuvre obéit à un processus très encadré légalement. Le conseil municipal doit d’abord la voter, une commission départementale en examine le bien fondé puis le préfet en donne (ou non) l'autorisation. Un contrôle a posteriori à également lieu de même qu'une évaluation tous les cinq ans.  En 2017, il y a eu dans le département de l'Yonne un peu moins de 300 demandes de nouvelles installations dont près de la moitié ont été autorisées. L’ensemble de ces demandes ne concerne pas toutes la voie publique, en effet sur 4000 caméras en service, 400 seulement sont installées dans les rues ou parkings. 

Nous ne serions pas la seule petite ville à être ainsi équipée, puisque près d’une centaine de communes de moins de 700 habitants en sont pourvue. Le maire énumère les diverses raisons en faveur de ce projet, les prochains grands rassemblements, la prochaine Saint-Vincent, par exemple,  le grand nombre de commerces et la forte proportion de résidence secondaire. Il précise également que ce sera aux Vézeliens de définir les besoins, nombre et emplacements des caméras et des lieux couverts. D'après un rapport de gendarmerie concernant les deux précédentes années et demi, il y a eu 9 cambriolages de commerces, 7 vols chez des particuliers ou dans des voitures ainsi qu’une vingtaine d'autres délits mineurs. Ce qui est, au demeurant, relativement peu pour un village accueillant environ un million de visiteurs par an. Pour l'heure, aucun emplacement n'est encore défini, pas plus que le nombre de caméras envisagées. Devra-t-on privilégier les abords des commerces, ceux de la basilique ou les parkings ? Tout cela reste à définir et la population sera consultée selon une procédure qui reste encore à définir. Une sorte de « cahier de doléances » sera disponible en mairie afin que chacun puisse y noter ses demandes, observations ou réserves. Une synthèse sera ensuite publiée sur le site internet de la mairie. Différents scénarios seront ensuite présentés et un rapport d'expertise réalisé par la gendarmerie. 

Vinrent ensuite les interventions du public. 
Comme attendu, le « projet » compte plusieurs soutiens, monsieur Villiers, le maire de Chatel-Censoir ainsi que plusieurs commerçants. Parmi les opposants, on notera le collectif citoyen, entre autres.
Je vous fais un rapide résumé sous forme de dialogues.
– Y a-t-il un local sécurisé pour y conserver les systèmes d’enregistrement ?
– Oui, il s'agit de la chambre forte où les tableaux du musée Zervos ont longtemps été conservées.
– Qui sera habilité à visionner les images ?
– Un petit nombre de personnes, maire ou adjoint et les gendarmes, pourront les voir.
– L'image de Vézelay ne sera-t-elle pas détériorée ?
– Les visiteurs seront au contraire rassurés par les caméras. Nous avons une responsabilité vis à vis des touristes.
– Quelle est l'utilité réelle des gendarmes lors des grands rassemblements à l'intérieur de la basilique, puisqu’ils n'y pénètrent pas lors des offices ? Des caméras seront-elles installées dans la basilique ?
– Non, celles-ci seront à l'extérieur uniquement !
– Quel Vézelay voulons-nous ? Un lieu d'échanges et de partage ou de peur et de suspicion ?
– La responsabilité de la commune est engagée, on saura nous le reprocher en cas de problèmes si rien n'est fait…
– Quel est le coût d'un tel projet et qui va payer ?
– En l'état du projet, il est difficile de le chiffrer, mais il faut compter de 5 à 7000 € par caméra.

De nombreuses interventions de part et d'autre, un long débat (la réunion s'est terminée à 20 h 30) et des positions opposées qui semblent irréductibles. D'un côté, une municipalité et un sous-préfet qui ne semblent pas envisager qu'il n'y ait jamais de vidéo protection dans nos rues et de l'autre, des citoyens passionnés et engagés qui rêvent d’un Vézelay exempt des dérives d'un monde toujours plus « sécuritaire ». Qu’en sera-t-il demain de notre beau village où on peut malgré tout encore se promener seul (ou seule) à 11 h du soir sans risquer rien d’autre qu’une attaque de chauve-souris ?


Une seconde réunion a été demandée dans quelques semaines pour laisser le temps de la réflexion à chacun. Il a également été proposé la mise en place d’un référendum ou consultation populaire, sans réponse positive, cependant. Les arguments selon lesquels la vidéo protection n'a que peu d'effet sur la baisse de la délinquance et aucun sur le terrorisme, n'ont pas convaincu le sous-préfet qui semble maintenir son « projet ». Son discours est certes rassurant pour la population vézelienne, mais il est clair qu'il n'envisage pas un Vézelay exempt de caméras. Seule la municipalité semble à présent avoir la possibilité de repousser ce projet, lequel semble malgré tout bien coûteux pour une efficacité discutable. 

Je terminerai avec deux observations susceptibles d’enrichir le débat.
Des caméras de surveillance sont nécessaires dans un lieu tel qu’un musée, un hôtel ou un commerce. Il s'agit là de protéger des biens de valeur et même si leur effet n'est que dissuasif, personne n'en conteste dans ce cas l'utilité. Imaginerait-on un musée sans surveillance aucune ? Il s'agit là de lieux limités et circonscrits où personne n'est obligé d'entrer. Il n'en est pas de même lorsqu’il s'agit de l'espace public et de la voirie. Notre petit village est déjà fort paisible et il est peu probable que quelques caméras le rendent plus paisible encore…


En second lieu, la liste des délits exhibée par le maire peut sembler impressionnante au premier abord, mais rapporté au million de personnes transitant à Vézelay chaque année, cela semble bien dérisoire. D’ailleurs, ce fait a été souligné par deux commerçants de Vézelay qui, bien qu’ayant subi des cambriolages, ne désirent pas de caméras épiant les rues. Ces délits sont certes bien regrettables, mais il ne semble pas y en avoir davantage que dans n’importe quelle petite ville de même importance. Si certains commerçants désirent une protection, celle-ci ne leur incombe-t-elle pas individuellement ? 

Pour continuer la réflexion, je vous invite à consulter les deux liens suivants, celui de la CNIL et  des bonnes pratiques en matière de vidéo protection et celui du collectif citoyen vézelien consacré à ce sujet.

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