Eugène-Emile-Paul Grindel

Publié le par dromeur

C'est sous ce nom que naquit en 1895 à Saint-Denis celui qui se fit appeler par la suite Paul Eluard. 
N'étant pas familier de ce poète que je découvre à peine, j'ose donc juxtaposer ici mes quelques connaissances éparses en une sorte de "patchwork" littéraire. Littéraire ? pas seulement car il sera également question des "illustres illustrateurs" des ouvrages de ce poète. Pour n'en citer quelques uns, nommons Picasso, Dali, Ernst, Man Ray, Valentine Hugo... 


Voyons tout d'abord Paul, assis à une table de cuisine, un bouquet de fleurs devant lui, dans l'appartement des Zervos à Paris. Paul seul tout d'abord, puis posant avec Nusch, sa seconde épouse et enfin tous deux devant un tapas et une peinture de Picasso. C'est une photographe de guerre, Lee Miller, qui les a ainsi immortalisé, en donnant l'image du couple parfait ! 
Un essai de couverture du numéro 1-2 des Cahiers d'Art s'orne de ce beau poème manuscrit d'Eluard Somme sur fond de cœurs pourpre et bleu ciel dessiné par Duchamp. Poème débutant ainsi :"Toujours surpris d'être vivant, il laisse aux griffes du besoin sa raison d'être. " Et se termine tristement par :" Il n'appartient plus à personne, il s'est perdu. " Pour se perdre, il faut n'avoir ni phare, ni boussole, ni lumignon, il faut être bien seul... 


Avec André Breton, Paul Eluard collabore à la revue ainsi qu'en témoignent diverses lettres qu'il écrit à Christian Zervos (son cher "Cafécrémo", comme il le surnomme dans une de ses lettres). Il précise tel détail de mise en forme ou parle simplement de leur vie. Il travaille beaucoup sur la revue, précise-t-il, et regrette de ne pas voir les Zervos plus souvent. Dans l'une d'elle, il termine en précisant : "Nusch s'ennuie..." Dans une autre lettre il détaille le sommaire d'un numéro. S'il s'implique beaucoup dans les Cahiers d'Art et comme il le faisait avec les surréalistes (ne disait on pas qu'il était surréaliste par "suivisme" plus que par conviction ?), il publie également ses propres recueils de poésie, le Livre ouvert, par exemple, parmi bien d'autres.


Eluard demande à Picasso d'illustrer pour lui un petit recueil La barre d'appui. Le peintre lui réalisera rapidement quatre gravures : Nusch, Dora Maar, Alexandra Walter ainsi que sa propre main, rouge sang. Paul ne retiendra que les trois premières. 

Les mots de la poésie sont indissociables des images! Peintres et poètes collaborent aisément.
 

Extrait de Paroles Peintes (inédit) dédié à Pablo Picasso :

"Pour tout comprendre

Même

L'arbre au regard de proue

L'arbre adoré des lézards et des lions

Même le feu...

Pour que parler

Soit aussi généreux

Qu'embrassser..."


A Valentine Hugo, il dédie ce poème magnifique qu'elle illustre de belle manière :
"Près de l'aigrette du grand pont... 

L'orgueil au large

J'attends tout ce que j'ai connu... "

 

Qu'il est beau de jouer avec les mots d'un autre, aussi illustre fut-il! Dieu sait qu'il ne m'en voudra pas... Continuons donc le jeu, cousons ici ou là une pièce rouge avec une bleue, une mauve avec une orange, des vers épars, mélangés, garantis Eluard dans la forme sinon dans l'esprit. Je vous livre ici quelques extraits de poèmes écrits de la main tremblante d'Eluard, extraits dûment éparpillés à la façon d'un puzzle.

 

"Je dois aux privations de m'avoir donné

La solitude accueillante

Où s'accomode mon existence...

Et j'ai bu la rosée des feuilles sèches

Posés en bordure des chemins sablonneux

Et j'ai vu dans le brouillard mon ombre...

J'ai reçu de ma fatale ignorance

Le don divin de l'intuition..."

Et l'on trouve parfois des perles : "dans l'ignorance des valeurs réthoriques" (au lieu de "rhétoriques") qui donne toute sa saveur à ce manuscrit inédit. (ndr : perceptible uniquement au regard acéré d'une correctrice amie, merci à elle!).

Relevé également dans une lettre manuscrite inédite de Paul Eluard à Zervos : "le mur des conventions perdrait quelques briques, la mer aurait quelques vagues de pudeur en moins..." Même pour une simple lettre, un poète reste un poète!

Je vous avais prévenu, ce sont des morceaux épars, ainsi ces petits pains "sentimentaux" peints par Valentine Hugo ou encore ce "demi" portrait de Nusch Eluard photographié par Man Ray...

Extaits de L'heure exacte, dédiée à Valentine Hugo et du poème Extase illustré par Man Ray du beau visage de Nusch :

"L'heure exacte marque la rage

Aux dents de singe

Vingt-quatre couchers de soleil

Sur un horizon ridicule..."

 

"Je suis devant ce paysage féminin

Comme un enfant devant le feu

Souriant vaguement et les larmes aux yeux

Devant ce paysage où tout remue en moi..."

 

Et je terminerai sur ces mots d'Eluard encensant Valentine Hugo : " Sur la terre et sur l'eau, parmi les nuages et sur la vitre, nous avons admiré, sans les comprendre, ces sceaux éphémères de mousse, d'herbe, de ramilles... dont elle frappe la boule d'or pur qui s'en va rouler dans les plaines du papier."

Paul Eluard et Cahiers d'Art, au musée Zervos...Paul Eluard et Cahiers d'Art, au musée Zervos...Paul Eluard et Cahiers d'Art, au musée Zervos...

Paul Eluard et Cahiers d'Art, au musée Zervos...

Publié dans Vézelay, Eluard

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