Jules Roy à Vézelay : un temps pour Aimer

Publié le par dromeur

Julie Raton : son premier livre

Publié ce 10 mai 2016 aux éditions de la Gazette 89, ce premier livre est l'adaptation d'un mémoire de maîtrise en Littérature française soutenu par Julie en 2013 à la Sorbonne. Voici la présentation rédigée par l'éditeur lui-même sur son site :

 

« Le livre :

Jules Roy, né en Algérie, termina sa vie à Vézelay qu'il avait connu grâce à Louise de Vilmorin. Il y rejoignait dans une communion littéraire et intellectuelle, en personne ou par l'esprit, Henri Petit, les Zervos, Max-Pol Fouchet, Paul Claudel, Le Corbusier, Romain Rolland...
Militaire, aviateur, écrivain, c'est sur la colline éternelle que Jules Roy découvrit son chemin de Damas, sa révélation claudélienne, qu'il plongea dans le mysticisme catholique.
 Julie Raton nous présente, nous explique, nous raconte cette démarche spirituelle de l'un des plus grands esprits français du XXe siècle.

 

L'auteur :

Originaire de l'Yonne, Julie Raton est universitaire, titulaire d'une Licence en Lettres modernes, d'un Master de Recherche en Littérature française et d'une Maîtrise en Sociologie générale.
Elle adapte ici à l'intention du grand public son Mémoire de maîtrise "Vézelay dans l’œuvre de Jules Roy : une oaristys spirituelle" fruit de ses recherches dans les fonds de la "Maison Jules-Roy" dépendant du Conseil Départemental de l'Yonne.

"Ah! les oaristys ! les premières maîtresses !

L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs,

Et puis, parmi l'odeur des corps jeunes et chers,

La spontanéité craintive des caresses !

(Verlaine, Poèmes saturniens).  

 

L'interview

Julie Raton, jeune femme de 24 ans et jeune auteure est née à Auxerre en 1991. Sa maison familiale se situe à mi-chemin entre Auxerre et Avallon.

« Un lien très fort me lie à Vézelay », déclare-t-elle !

En effet, à peine était-elle née, que ses parents la promenaient déjà en poussette dans les rues du village. Elle a même commencé à goûter ici le vin de Bourgogne, en y trempant la langue. Puis, lorsqu'elle a commencé à marcher, elle dévalait la rue Saint-Etienne en s'écorchant les genoux sur le bitume. Sa grand-mère lui achetait à la librairie, l'Or des Étoiles (née la même année que Julie), où ils se rendaient souvent en famille, des carnets Le Petit Prince ainsi qu'une mallette en toile qu'elle utilisa pour le catéchisme par la suite. Vézelay était et reste encore la sortie dominicale pour toute la famille ! Julie observait son père peindre des aquarelles sur la terrasse ou devant la Porte-Neuve. D'ailleurs, elle aurait pu y rencontrer Jules Roy ce qui ne s'est jamais produit, ce dernier étant décédé alors qu'elle n'était encore qu'une enfant.

Vézelay est un lieu de fascination pour Julie, catholique pratiquante ; "un lieu d'immutabilité du recueillement", dit-elle, qui la hante et dont elle ne peut se passer. " Elle avoue : lorsque je n'y suis pas physiquement, j'y suis mentalement." De la sorte, c'est un peu comme si elle y habitait à longueur d'année. Elle y a également beaucoup vécu à travers Jules Roy lorsqu'elle travaillait sur tous les textes qu'il avait pu composer à Vézelay.

Sa première rencontre dans un café vézelien avec Edith de la Héronnière, qu'elle ne connaissait pas encore, marqua le point de départ de l'intérêt de Julie pour les auteurs contemporains marquants du village. Elle a alors envie de donner à découvrir un écrivain plutôt méconnu au-delà de sa période algérienne et qui avait sa maison à Vézelay : Jules Roy. "J'agis dans une dynamique de terroir, tant je suis attachée à la littérature locale !", s'exclame-t-elle. En 2010, elle a l'opportunité de découvrir la maison Jules-Roy et d'y travailler à l'occasion d'un stage culturel. Elle constate à ce moment que les archives concernant Jules Roy n'avaient jusqu'ici quasi jamais été utilisées et qu'il était grand dommage qu'elles dorment ainsi. Du coup, Julie s'est employée à les réveiller ! Elle y a passé trois ou quatre mois, surtout les week-ends ainsi qu'en s'y installant, seule, tout un hiver pour se plonger dans l'atmosphère de l'écrivain. Si son choix s'est porté sur Jules Roy c'est que, parmi les nombreux auteurs vézeliens, ce dernier était le seul dont les archives, bien qu'étant sur place n'avaient jamais été exploitées. Il parlait également du lieu avec une éloquence qui n'était pas sans rappeler les écrits d'Henri Petit…

Le livre de Julie est conçu comme une promenade et un itinéraire dans la ville. "Les écrits de Julius ont été façonnés au contact de Vézelay et il en a été de même pour la ville qui s'en est trouvée changée par le regard de l'écrivain porté sur elle. C'est cette interaction spirituelle et littéraire - point de départ et finalité de mes recherches universitaires, que j'entends donner en partage", nous confie Julie. 

Portrait par un admirateur

Moi-même, en l'occurrence.

Amoureuse inconditionnelle de Vézelay depuis sa plus tendre enfance, Julie Raton a su trouver dans l’œuvre vézelienne de Jules Roy un écho à sa propre ferveur. En archéologue minutieuse de l'écrit, à sa manière de fourmi ciseleuse de mots, elle a traqué la moindre parcelle de l'amour de Jules Roy pour la ville éternelle en se l'appropriant et en le faisant sien. L’œuvre de Julius est le vaisseau fabuleux sur lequel Julie s'est embarquée en en devenant mousse, matelot et capitaine. Ce vaisseau sur lequel elle nous entraîne à sa suite nous emmène vers des rivages insoupçonnés, vers des ailleurs que seuls des amoureux peuvent atteindre. Tout comme la basilique, nef terrestre, nous emmène vers un monde de spiritualité cachée dévoilée aux seules âmes ferventes, les écrits de Jules Roy nous révèlent, à travers eux, la sensibilité toute féminine de Julie.

Elle a su décortiquer, exhumer et magnifier à travers ses pages l'amour de l'homme pour la colline éternelle, rocher planté sur la campagne, son amour pour la Madeleine, autant la femme, pécheresse repentie, que la basilique majestueuse, joyau fabuleux trônant au sommet du village. C'est son amour pour Vézelay que Julie nous fait partager ! A travers Julius et son œuvre, c'est elle-même qu'elle dévoile avec minutie en nous faisant partager le sentiment d'urgence qui l'habite lorsqu'elle est au loin et qui la rappelle au bercail. Car elle est vézelienne de cœur, tout comme Jules Roy l'était devenu !

Le parallèle est grand entre ces deux âmes, celle de l'écrivain de renom qui ne vit plus que dans nos souvenirs et celle de la jeune Julie, auteure en devenir. L'un est miroir de l'autre et ici c'est la jeunesse qui révèle et exhume la ferveur ancienne pour l'incarner et la retranscrire dans le présent ouvrage. Loin de récréer ainsi à sa manière l’œuvre de Jules Roy, elle en crée au contraire une autre qui lui est propre ! Sa vision toute personnelle, jette assurément un regard nouveau autant sur l'auteur que sur la ville. 

 

Le portrait chinois

Si elle était un écrivain ?

Elle serait "Paul Morand, diplomate, grand voyageur européen, remarquable pour son aspect cosmopolite et son écriture géographique, toute en descriptions évocatrices. Et aussi pour son style jouissif et hédoniste."

Si elle était un roman ?

Elle serait "La pitié dangereuse de Stefan Zweig, histoire d'un jeune officier autrichien qui éveille l'amour d'une jeune et riche paralytique. Symbole de l'amour fou dans ce qu'il a, à la fois, de sublime et de tragique."

Si elle était un héros de la littérature ?

Elle serait "Figaro, ce picaro des temps modernes. Pour une de ses citations aussi : « J'écrirai sur un frêne que mon cœur, mon cœur a de peine. » L'idée que tout sentiment peut se matérialiser par un écrit gravé ; acte linguistique qui réalise lui-même ce qu'il énonce."

Si elle était un signe de ponctuation ?

Elle serait "un point d'interrogation pour la perpétuelle quête de sens de ce qui vaut d'être vécu qu'il implique". A la réflexion, elle "aime aussi beaucoup les points de suspension pour ce qu'ils suggèrent d'imprévu et d'attente patiente".

Si elle était un poète ?

Elle serait "Jean Grosjean, poète catholique explorant la nature avec un grand souci du détail, de la beauté et de la simplicité des scènes campagnardes."

Une citation poignante : "Une fois veuve du jour la nuit garde au cœur et dans le ciel quantité de lueurs éparses. Alors ce que le jour avait de trop voyant s'efface devant ce qu'il a de sous-entendu." (in "Les vasistas", Jean Grosjean)

Si elle était une légende ?

Elle serait "celle de la rose bleue, une légende moyenâgeuse rapportée par Philippe Soupault et contée par Max-Pol Fouchet dans "Le scaphandrier et la rose bleue". Parce que le bonheur n'est pas de recevoir d'un prétendant une fausse rose bleue artificielle, si belle soit-elle (bijou précieux ou fine porcelaine), mais une vraie rose blanche. C'est à celà que l'on reconnît l'Unique de son coeur." 

Si elle était une muse ?

Elle serait "Erato, la muse de la poésie lyrique, amoureuse et élégiaque, pour la nostalgie, la fuite du temps et la recherche de qui est digne d'être aimé".

Si elle était une fleur ?

Elle serait "un myosotis. Pour le bleuté de la fleur mais peut-être aussi - et surtout - parce que, en allemand, le mot myosotis signifie : ne m'oublie pas (Vergissmeinnicht)" !

Si elle était un animal ?

Elle serait "la tortue grecque, celle du paradoxe d'Achille et de la tortue, peut-être, mais surtout parce que c'est, depuis l'enfance, mon animal de compagnie, Joséphine".

Si elle était un chant ?

Elle serait "L'Ave Maria de Caccini, qui fait signe vers l'infini…"

Si elle était une musique ?

Elle serait "la Symphonie n° 23 de Mozart, lancinante, mélancolique et voluptueuse, découverte dans une représentation du Fantasio de Musset au théâtre de l'Odéon".

Si elle était un théâtre ?

Elle serait "l'Athénée Louis-Jouvet, pour la beauté de la salle à l'italienne, petite et intime". 

Si elle était une lettre de l'alphabet ?

Elle serait "la lettre « M » pour sa prononciation : aime ! Tout un programme…"

Si elle était un lieu ?

Elle serait "Vézelay, bien sûr ! Colline d'infinitude et de pérennité". 

Si elle était un objet ?

Elle serait "un chandelier qui porte la lumière et représente une certaine tradition". 

Si elle était un accessoire ?

Elle serait "une capeline !"

Si elle était un tissu ?

Elle serait de "la toile de Jouy, pour ses motifs aux scènes galantes et son côté « chiccissime »".

Si elle était une couleur ?

Elle serait le bleu, "parce que c'est la couleur mariale et, parfois (assez souvent quand même) la couleur pleine de sérénité du ciel vézelien".

Si elle était un mot ?

Elle serait "le mot « cœur » parce qu'il faut faire les choses avec coeur ; le moteur de toute action. Coeur, c'était le mot préféré de Jules Roy, ce qu'il a révélé dans une interview avec Bernard Pivot."

Si elle était un élément de la nature ?

Elle serait "un nuage, celui cotonneux de l'onirisme et de tous les possibles".

 

Remerciements

L'ouvrage est illustré de près d'une quinzaine de photographies de Vézelay dont je suis l'auteur. Julie m'avait d'abord demandé si j'acceptais de réaliser la première de couverture de son livre puis, peu à peu, d'autres illustrations sont venues s'y ajouter. Une belle aventure trouve aujourd'hui son épilogue. Comme elle le dit elle-même, ce livre est par certains côtés « notre » livre, une réalisation commune née d'une profonde amitié.

Je laisse Julie s'exprimer : « Les clichés présentés ici expriment à merveille la sensibilité du photographe dont les photos sont des morceaux de littérature, d'une certaine façon ! Lui demander de collaborer à cet ouvrage était un moyen de mettre en avant un beau potentiel et une personnalité non reconnue jusque là pour ses talents. »

Puisse cet ouvrage connaître le succès qu'il mérite !

 

Pour commander le livre, disponible chez l'éditeur, veuillez consulter le lien suivant:

La première de couverture du livre

La première de couverture du livre

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Commenter cet article

peyrard.Jean-michel 06/03/2018 13:25

Pour Mlle Julie Raton. Je viens de lire ces documents de présentation... je souhaiterais vous inviter en début d'aprés-midi, avec un groupe d'une quarantaine de personnes. Nous terminerons un voyage de 5 jours dans votre région. Je trouve que vos écrits sont un complément de ce que nous allons vivre. Accepteriez-vous de venir présenter gracieusement vos écrits à ce groupe. Nous serons à Vezelay. Vous pourriez bien sûr vendre votre production. Je vous reste disponible. Merci de me répondre rapidement. J-Michel Peyrard

Blanche Jeannine 27/05/2016 11:46

Merci pour cet article que j'ai aimé relire avec beaucoup de plaisir. Je viens de lire votre livre Julie. Je l'aime beaucoup et il m'a appris beaucoup sur mon voisin et sur les écrivains qui vécurent à Vézelay. Votre éclairage, nouveau pour moi, des relations entre l'enfance de Julius et le Lieu qu'il choisit pour conclure sa Vie terrestre m'a beaucoup apporté !
Comme vous, j'aime d'un amour un peu fou Vézelay, et je vous remercie, ainsi que William, de ce livre, et, de vos dédicaces à tous deux !

Jeannine Blanche 15/05/2016 15:50

J'ai beaucoup aimé cet article et l'ensemble des textes !
Merci à cet homme plein d'enthousiasme, de délicatesse, de richesses de cœur, et à l'Artiste, que j'ai rencontré hier soir !